Jacques Olivier Durand  Jean-Michel Guenassia  Jean Lacouture  Eric Morichaud
Jean Nourissier  Janet Renshaw  Jacques Salomé
 
accueil separateur
___________  
Sculptures  
___________  
Expositions récentes  
___________  
Atelier et Fonderie  
___________  
Textes  
___________  
Biographie  
___________  
Bibliographie  
___________  
Liens  
___________  
Contact  
___________  

Entre les formes

Toute tentative de discerner ce qui dans une œuvre procède du figuratif ou de l’abstraction est vaine recherche. «Tout est abstraction ou figuré et l’art n’est grand que si la présence vivante du créateur s’impose»; cette assertion de Nicolas de Staël s’applique parfaitement à la sculpture de Karl- Heinz Diegner. Certes, le corps féminin est sa première source d’inspiration, mais c’est moins le corps qui l’intéresse que ce qu’il suggère, ce qu’il suscite en nous : admiration, attirance, émotion, désir, tendresse, peur… ? Ce n’est pas le corps féminin qui l’obsède mais la féminité ; ou, plus encore peut-être, la sensualité. Et qui y a-t-il de moins figuré que la sensualité, d’ailleurs aucune des sculptures n’a de visage ; il nous en dirait trop ? Sous son regard perçant et appliqué et sous ses mains complices, ces corps prosternés se relèvent, ces bustes assoupis se galbent, ces hanches arrondies se livrent. En les effleurant, il les sublime. En les empoignant, il les révèle.

Entre les lignes.

C’est généralement aux écrivains que l’on accorde une lecture sous-jacente de leur oeuvre, pour découvrir ce que les mots n’ont pas totalement révélé ; parfois l’essentiel.
Là encore, il m’apparaît que cette lecture «entre les lignes» est précisément adaptée aux sculptures de Karl-Heinz. Arêtes acérées et courbes alléchantes ne nous livrent pas immédiatement leurs secrets : dans le pas de deux que leur accorde
la lumière, et selon les humeurs vagabondes
de celle-ci, des formes insoupçonnées apparaissent,
des volumes improbables se manifestent,
des mouvements imprévus se mettent en marche… Ephémères mais enrichissantes révélations.
Autrement dit, un seul regard ne peut envelopper une sculpture de Karl-Heinz Diegner ; il faut sans cesse sur le sujet reposer ses yeux ; il faut la revisiter plusieurs fois, sous différents angles.

Entre les doigts.

Ses sculptures invitent au toucher, à la caresse,
à l’intimité.
Pétri dans la pierre, l’albâtre, la stéatite ou
le bronze, chaque grain de peau est différent,
chaque réaction sous nos doigts est unique,
chaque frémissement est porteur de fable.
Le regard aigu et les mains talentueuses de Karl-Heinz Diegner leur ont donné naissance ; c’est sous les nôtres qu’elles prennent vie.
Tout acte créateur est don. Celui de Karl-Heinz, particulièrement : avec ses formes épurées, parfois jusqu’à l’abstraction, il nous livre les contours
de notre propre imaginaire.
Entre le corps qu’il a visualisé, et celui que nous voyons, il y a l’espace infini de la représentation et du rêve ; il y a l’imperceptible frontière entre ses secrètes fascinations et nos propres obsessions ; entre les langueurs de la vie et les étendues de l’éternité.

 

Zwischen den Formen.

Jeder Versuch der Definition, ob ein Bild oder eine Skulptur abstrakt oder figuratif sei, ist vergeblich. «Alles ist Abstrakion oder Figuration, denn Kunst ist nur dann Kunst, wenn sich in ihr die Präsenz des Schaffenden offenbart». Diese Aussage lässt sich deckungsgleich auf die Skulpturen von Karl-Heinz Diegner übertragen. Der weibliche Körper ist sicherlich die prinzipielle Quelle seiner Inspiration, aber es ist weniger der Körper der ihn interessiert, als das, was er andeutet und in uns bewegen will : Emotion, Lust, Zärtlichkeit oder Angst? Es ist nicht die Obszession des weiblichen Körpers, sondern die Feminität, oder noch präziser die Sensualität. Seine Skulpturen haben eine Seele, aber keines seiner Werke hat ein Gesicht; würde dass zuviel aussagen? Unter seinen schaffenden Händen erheben sich die steinernen Körper, die Glieder spannen sich, gerundete Hüften ergeben und entdecken sich ; Antasten sublimiert sie.

Zwischen den Zeilen.

Normalerweise gibt man dem Schriftsteller Gelegenheit, bei einer seiner Lesungen, das Essentielle zu entdecken, das die Worte nicht preisgeben. Auch hier erscheint mir, dass das Prinzip «Zwischen den Zeilen», direkt auf die Arbeiten von Karl-Heinz Diegner anwendbar ist. Die gezogenen Fluchtlinien, die einladenden Kurven geben nicht gleich ihr Geheimnis preis : Im Zu-
sammenspiel mit dem Licht, dem Einfallwinkel und den Spiegelungen, erscheinen uns sonst nicht zu erahnende Formen, variable Volumina öffnen sich uns, die Dynamik wird als Bewegung wahrnehmbar, eine vergängliche aber bereichernde Begegnung.
Anders gesagt, ein einziger Blick kann die Skulpturen von Karl-Heinz Diegner nicht erkennen und erfassen; man muss die Augen auf ihnen ruhen lassen, nachhaltig, mehrmals, unter
verschiedenen Blickwinkeln.

Zwischen den Händen.

Seine Skulpturen laden geradezu zum Antasten, zum Fühlen, zur Intimität ein.
Die Materialität von Marmor, Alabaster, Stéatit oder Bronze wird spürbar, jedes Berühren und Antasten ist einzigartig und bewegt uns tief im Inneren. Unter dem kreativem Auge und den talentierten Händen von Karl-Heinz Diegner entstanden die Skulpturen, die durch unseren Blick zum Leben erweckt werden.

Jeder Akt von Kreativität ist eine Gabe, speziell der von Karl-Heinz. Mit seinen bis zur Abstraktion geleuterten Formen, erlaubt er uns bis zu den Grenzen seiner eigenen Bilder-und Gedankenwelt vorzustossen.
Zwischen dem Volumen, das er visualisiert, und dem was wir sehen, entfaltet sich der unendliche Raum zwischen Repräsentation und Traumwelt, die kaum wahrnehmbaren Grenzen zwischen seinen geheimen Faszinationen und unseren eigenen Obszessionen, zwischen den Zeiten des Lebens und dem Unendlichen der Ewigkeit.

 

Jacques Olivier Durand, ex-directeur de Théâtre et écrivain. Nîmes, novembre 2009.